Savez-vous ce qu'est le storytelling ? C'est l'art de raconter des histoires, n'est-ce pas ?
Vous pouvez l'appliquer dans différents domaines tel que le marketing, les relations sociales et même dans l'apprentissage des langues !
Aujourd'hui, je vais vous partager pourquoi vous devriez écouter et/ou lire des histoires pour apprendre l'anglais, l'espagnol ou n'importe quelle autre langue.
Il y a pour moi 5 principaux avantages à utiliser le storytelling pour rendre votre apprentissage linguistique plus efficace :
Avantage 1 : Les histoires ont toujours réussi à captiver et engager les gens

Depuis la nuit des temps, les êtres humains racontent des histoires et ce n'est donc pas seulement un outil d'apprentissage des langues étrangères, mais bien une compétence rhétorique capable de fédérer et transmettre des messages. Les histoires ont toujours eu plus d'impact qu'un discours classique. En effet, le scénario de l'histoire, ses rebondissements vont déclencher des émotions, ce qui va captiver l'attention de l'audience.
C'est d'ailleurs une stratégie marketing reconnue dans ce milieu. Commencer un discours en racontant une anecdote personnelle aura un impact sur la rétention d'attention, mais sera également retenue plus facilement en mémoire des auditeurs.
Alors, je pense que nous pouvons également utiliser ce pouvoir du story telling pour apprendre les langues. C'est plus engageant pour l'étudiant. Nous savons qu'apprendre une langue et surtout savoir bien la parler requiert du temps, plusieurs mois voire des années !
Ainsi, je dis souvent qu'instaurer des routines quotidiennes que nous apprécions et adaptées à notre niveau du moment est primordial. Le storytelling vous permet ainsi de rester captivé tout au long de votre routine d'apprentissage, du début jusqu'à la fin de l'histoire.
Mais comment créer une histoire captivante ?
En effet, je rappelle qu'une histoire est la succession de phases et d'événements importants. Toutes les histoires qui ont du succès comportent la même structure. C'est donc assez facile de comprendre que tant que l'on garde le même déroulement d'enchainement de ces étapes, on devrait être capable de maintenir l'attention de notre audience jusqu'à la fin.

"La structure narrative classique comporte généralement cinq étapes principales." (Source : https://www.narratiiv.school/actualites/journalisme/structure-narrative ) :
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La situation initiale. Il s'agit d'un point de départ de l'histoire qui présente l'univers, les personnages et le contexte dans lequel se déroule l'intrigue.
- L'élément modificateur ou perturbateur. C'est l'événement qui perturbe l'équilibre initial de l'histoire et qui donne lieu à une action. C'est souvent un élément inattendu, qui change la donne et qui produit une situation conflictuelle.
- Les péripéties. Elles constituent la partie la plus longue et la plus complexe de l'histoire, qui montre comment les acteurs sont confrontés à des obstacles et à des défis pour atteindre leur objectif.
- Le dénouement. C'est le moment où les péripéties de l'histoire se résolvent et où les personnages atteignent leur objectif.
- La situation finale ou l'épilogue. Le dénouement mène à la situation finale, qui constitue la dernière étape d'un récit. Cette phase permet de montrer comment les personnages ont été transformés par leur aventure et comment leur histoire a évolué.
Le storytelling uniquement dans les livres ?

Je vous avais dit en introduction que l'on pouvait mettre en place le storytelling dans différents domaines (marketing, relations sociales ou même dans l'apprentissage linguistique) mais le format est lui aussi diversifié. Il y a la lecture à travers les romans, la vidéo avec Youtube, les films au cinéma mais aussi les séries sur Netflix par exemple.
Les phases d'une histoires sont donc identiques quelque soit le format. Dans le cas d'une série palpitante, on va alors attendre avec impatience le prochain épisode pour savoir quel sera le dénouement de l'intrigue. Et souvent, le suspense est haletant, car les rebondissements inattendues rendent le dénouement de plus en plus difficile à cerner.
D'ailleurs, si vous essayez d'apprendre l'anglais avec Netflix mais que vous êtes débutants en anglais. Vous éprouvez des difficultés à comprendre et vous êtes obligés de mettre les sous-titres en français pour profiter quand même de votre série. J'ai écrit un article intitulé "Comment apprendre l'anglais avec Netflix quand on est débutant ?" où je vous dévoile mes astuces de polyglotte pour apprendre l'anglais plus rapidement grâce à Netflix.

Comment raconter une histoire dans une langue étrangère à but pédagogique ?
Nous avons vu comment mettre en place le storytelling grâce aux 5 étapes principales de la structure narrative, mais comment l'utiliser comme méthode d'enseignement dans le but d'apprendre une langue étrangère comme l'anglais ou l'espagnol ?
Vous vous rappelez de comment acquérir une langue étrangère naturellement ? C'est le fruit de routines d'écoute et de lecture de contenus compréhensibles et intéressants. L'apprentissage de la langue en devient alors divertissant et efficace.
Ainsi, si vous basez vos routines d'input et qu'en plus celles-ci sont compréhensibles, vous devriez alors augmenter votre niveau de compréhension de la langue au fil du temps. D'ailleurs, si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j'ai développé ma méthode d'apprentissage des langues en me basant sur le concept d'input compréhensible. J'ai d'ailleurs rédigé un article sur ce qu'est l'input compréhensible et pourquoi vous devriez le mettre en place dans votre apprentissage linguistique.
De plus, j'y explique que la méthode TPRS (Teaching Proficiency through Reading and Storytelling ) est une méthode d'enseignement qui prend son origine du TPR (Total Physical Response) La technique du TPR consiste à associer le langage et le mouvement physique. Et quand celle-ci est appliquée à l'utilisation d'histoires, on dit que l'on enseigne le TPRS. Bon, vous allez me dire que ce sont des concepts abstraits mais en réalité cela fait sens car quand on observe la capacité à maintenir l'attention des élèves dans une classe de 30 enfants, le professeur doit alors user de créativité pour tenter de captiver ses étudiants.
C'est alors que l'on associe le meilleur des deux mondes : la compréhension et l'apprentissage du vocabulaire via l'input compréhensible à l'intérêt que l'on porte à écouter des histoires. C'est d'ailleurs ce que le polyglotte Steve Kaufmann et le chercheur en linguistique Stephen Krashen appellent le compelling input :
"Compelling means that the input is so interesting you forget that it is in another language." ce que l'on pourrait traduire par : "« Captivant » signifie que le contenu est tellement intéressant que vous en oubliez qu'il est dans une autre langue."
C'est ce que j'essaie d'enseigner aux élèves de mon école pour apprendre l'espagnol en ligne Spanish Waves. Nous vous voulons que chacun de nos étudiants de l'espagnol puissent apprendre l'espagnol d'une façon si simple qu'ils ont l'impression que le contenu est fait pour eux, à croire que celui-ci a été créé dans leur langue maternelle.
Avantage 2 : L'effet positif des histoires sur le cerveau et son développement cognitif
Apprendre une langue avec les histoires est utile parce que cela fait réveiller nos émotions et que c'est bon pour notre mémoire.
En effet, dans l'article rédigé sur l'input compréhensible, j'avais évoqué l'importance des émotions dans le fonctionnement de la mémoire : "Le cerveau retient dans sa mémoire long terme le vocabulaire qu'il comprend mais encore plus facilement quand il y a une émotion sous-jacente en plus."
On le voit avec les enfants, quand on leur raconte une histoire. Ils deviennent subjugués par ce que vous leur racontez et deviennent de plus en plus impliqués. Ils vous posent alors des questions sur ce qui va se passer ensuite. Il anticipent et c'est très bien car cela sollicite plusieurs régions de leur cerveau. Cela renforce ainsi la connexion de différents réseaux de neurones et stimulent ainsi leur facultés cognitives liées et l'apprentissage et la mémoire.

En effet, "L’anticipation est une fonction cognitive essentielle qui permet au cerveau de prédire, planifier et préparer des réponses adaptées aux situations à venir" Source : https://www.mabiologie.com/2025/11/comment-le-cerveau-anticipe-les_01142689723.html
Pour être plus précis, voici les 5 régions du cerveau clés pour l’anticipation :
- Le cortex préfrontal : Centre de la planification et de la prise de décision, il intègre des informations passées et présentes pour prédire des événements futurs.
- L'hippocampe : Impliqué dans la mémoire épisodique et spatiale, il permet de simuler des scénarios futurs à partir d’expériences passées.
- Le cortex pariétal : Contribue à l’attention et à l’orientation spatiale, essentielles pour anticiper les interactions avec l’environnement.
- L'amygdale : Évalue les risques et les menaces potentielles, influençant les réponses émotionnelles aux situations futures.
- Le cervelet : Participe à la coordination et à la planification des actions motrices en fonction de prédictions sur les résultats attendus.
On comprend alors qu'apprendre une langue avec les histoires n'est pas seulement bénéfique pour nous maintenir motivé et à accomplir notre routine de compelling input et d'input compréhensible. C'est aussi un moyen de fortifier notre cerveau, de stimuler ses réseaux de neurones complexes et de développer une mémoire durable.
Avantage 3 : Les histoires comprennent un vocabulaire à la fois accessible et riche
Qu'est-ce que je veux dire concrètement ?
Normalement, quand on raconte une histoire, on est censé bien la raconter afin qu'elle soit comprise de tous.
Le conteur va alors utiliser du vocabulaire assez simple et chercher des feedback de ses auditeurs ou au moins de voir à travers leur attitude, comportements et gestes qu'il sont toujours engagés dans l'histoire.
En général, un bon conteur va ainsi provoquer des réactions émotionnelles tels que l'émerveillement ou la stupeur. Vous savez quand on dit "Ouaah" ou "Quoi ???!!!" suite à un événement inattendu.

Ces indices lui montrent s'il est sur la bonne voie ou si au contraire, l'effet obtenu n'est pas celui escompté. Il va alors répéter ou reformuler ce qu'il vient de dire pour être sûr d'avoir bien été compris. C'est l'un des principes fondamentaux du TPRS (évoqué plus tôt).
Les histoires de Blaine Ray permettent ainsi à l’enseignant de répéter les mêmes mots et expressions jusqu’à ce que ces derniers soient acquis par l'élève.
Pour impliquer davantage les élèves dans l'histoire, l'enseignant va au fur et à mesure poser des questions pour être sûr que les élèves ont bien suivi.
Si l'effet escompté se réalise, il poursuit alors son histoire. Ce mélange de faits contés et de reformulation ou de répétition pour accentuer et mettre en évidence les moments clés de l'histoire favorise l'assimilation du vocabulaire auprès des étudiants de la langue. Car, on va renforcer le vocabulaire déjà connu tout ajoutant du nouveau vocabulaire en contexte.
C'est pourquoi je vous annonce la création d'une nouvelle série d'articles de blogs sur mon site turonlanguagemethod.com. Cette série s'appelle "Cortas Historias para aprender espanol en contexto". Le but est de vous enseigner l'espagnol à travers des histoires captivantes et accessibles aux débutants.
Apprendre l'espagnol avec les histoires accélèrera votre apprentissage de l'espagnol car celles-ci reposeront sur tout ce que je viens de vous expliquer : compelling input, input compréhensible, répétition ou reformulation pour acquérir du vocabulaire plus facilement...
Avantage 4 : Ecouter des histoires améliore votre prononciation de la langue.
On oublie trop souvent que l'un des freins à la communication dans une langue étrangère, c'est une mauvaise prononciation. Car, oui un mot mal prononcé peut être source de malentendus voire de quiproquos. Ainsi, le storytelling s'avère être un excellent moyen de mettre en valeur la prononciation des mots grâce à l'intonation, la gestuelle et à l'attitude du conteur. Tout ce package du bon conteur constitue la recette d'un enseignement efficace.

Ainsi, l'étudiant pourra être amené à vouloir imiter la façon de parler du conteur dans le futur. Car comme déjà évoqué avant, écouter des histoires renforce notre mémoire sur le long terme. La bonne prononciation même si parfois elle est un peu exagérée à travers l'intonation et les mimiques du conteur va rendre l'histoire plus captivante émotionnellement.
Avantage 5 : Le storytelling prépare à la compétence de savoir parler la langue
On a vu que l'audience va ressentir des réactions émotionnelles suite à certains rebondissements dans l'histoire. Cela peut être un sentiment de soulagement, de peur, de joie, de colère... Cela va parfois inciter certains éléves à poser des questions.

Le storytelling implique indirectement la participation de l'audience. Ainsi, sans même se rendre compte, l'étudiant va alors commencer à pratiquer la parole dans la langue. Evidemment, les débuts seront difficiles et l'hésitation voire la frustration de ne pas réussir à formuler une phrase complète sans erreur sera au rendez-vous.
Cependant, l'intérêt de l'exercice est de se mettre dans une position plus active que seulement écouter. Même si écouter ou lire une histoire repose davantage sur le fait d'être actif que passif. Essayer de s'exprimer constitue la phase suivante pour préparer à la compétence de parler une langue. C'est donc une autre bonne raison d'ajouter le storytelling à votre apprentissage de votre langue cible.
Conclusion
Apprendre une langue en lisant ou en écoutant des histoires est plus simple et plus efficace car cette activité remplit tous les ingrédients nécessaires à une future réussite.
C'est engageant et favorise l'anticipation. On travaille ainsi plusieurs réseaux de neurones complexes qui renforce nos capacités cognitives d'apprentissage et de mémoire.
Les émotions sont à la fois utiles pour sauvegarder dans notre mémoire à long terme des expressions utiles ou des éléments de l'histoire qui nous ont marqués.
En général, les histoires sont faciles à comprendre car les moments clés sont répétés ou reformulés, ce qui rend la compréhension et l'assimilation du vocabulaire plus efficace.
On développe également de bonnes habitudes de prononciation car l'intonation combinée à la gestuelle et l'attitude du conteur rendent l'histoire plus mémorable et cela incitera l'étudiant à imiter le conteur à l'avenir. Il aura ainsi toutes les bases nécessaires pour commencer à parler anglais, espagnol ou n'importe quelle autre langue utilisée dans le storytelling.